fantomette1.gifJe flânais le long du blog insolite Recrutement by Taste et, en explorant ses diverses rubriques, je découvre ce billet : « pourquoi ne pas appliquer la théorie du storytelling à la GRH ?».
Dans cet excellent billet, l’auteur reprend le concept selon lequel « l’utilisation du récit a plus d’impact que la description factuelle», et transpose ces impacts…en recrutement !




En effet l’auteur annonce une recherche future, à partir de l’hypothèse suivante : « un CV qui raconte une histoire a plus de chances d’être sélectionné par un recruteur qu’un CV factuel ».…
A la lecture de ces mots j’eus comme un choc, un écho à mon désir que je croyais jusque là purement fantaisiste : rapprocher mes deux univers préférés, la RH et la Fiction… pour que chacun se nourrisse de la richesse de l’autre...
J’entrevis alors un moyen de redonner à l’Imagination toutes ses lettres de noblesse dans le management du développement humain !
Pleins de questions émergèrent aussitôt : qu’est ce que cette liaison RH et Fiction peut concrètement donner en situation réelle de travail? Comment et dans quel but, un responsable RH peut-il utiliser le pouvoir créateur de l’imagination et de la fiction pour le développement de ses collaborateurs ? Quels bénéfices pourra-t-il en retirer, quelle plus value par rapport à des modes de management plus « académiques » ? A l’heure où chaque idée en gestion ne devient intéressante que si elle est transformable en outil (toolkit pour les franglophones), on se demandera légitimement « comment la fiction peut-t-elle devenir un outil pour des process RH comme le recrutement, la formation, la gestion des compétences », etc… ? Et comment élaborer une «HR-fiction-tool » pertinente ? Je n’ai pas encore les réponses à toutes ces questions.
En revanche, je vois déjà comment on peut utiliser le storytelling, la fiction, dans le vécu individuel de son monde professionnel…


Dans le film « Stranger than Fiction », le personnage principal découvre qu’il est le héros d’une fiction et il doit découvrir s’il s’agit d’une comédie ou d’une tragédie. De même, selon la théorie de l’analyse transactionnelle, on se construit tous des scénarios de vie, inconsciemment, qui déterminent notre manière de vivre notre vie…
Pour ma part j’ai toujours aimé envisager tout ou partie de ma vie comme de la fiction, mais non figée dans un genre précis : j’aime à vivre certains épisodes de ma vie à la manière de mes films, livres et séries préférées …
Ce peut être des drames comme des comédies mais il y a un point commun entre toutes ces fictions qui m’inspirent pour l’image de ma vie : ce sont des histoires qui s’apparentent, grosso modo, au roman d’apprentissage.

Pour voir si le storytelling a effectivement plus d’impact que l’énoncé factuel des choses, je fais ici une expérimentation : je vous présente un épisode de mon expérience de chargée de recherche en cabinet de recrutement médical. Plus précisément il s’agit ici de raconter un épisode de chasse de tête à la manière d’une fiction, la première scène du film Sin City, dont je suis fan.
C’est pourquoi j’ai appelé cette storytelling :
Recruitment City
A Recruitment City, si tu prends la bonne ruelle, tu trouveras tout ce que tu cherches : un médecin, un chirurgien, un cadre de santé, une infirmière en réanimation cardiaque…
Car tout s’achète, ici. Sauf la liberté…

sin-city.bmp

Ce matin-là, il pleuvait à cordes et les nuages bas traversés d’éclairs fugitifs, donnaient une atmosphère mystérieuse à la ville.
Arrivée au bureau, je bus mon premier café, puis je composais les 14 chiffres de son numéro de téléphone. Quelques secondes plus tard une voix masculine mélodieuse et un peu lointaine me répondit, en direct de Rome :
- Pronto ?
Derrière le combiné du téléphone, je lui laissai deviner l’esquisse de mon sourire.
Il m’accorda alors son attention pour quelques instants.
- Vous êtes bien le Docteur D. ?
- Oui, c’est moi. Vous souhaitez prendre un rendez-vous ?
- Je ne vous appelle pas pour une consultation, ce qui m’intéresse, c’est vous. J’aimerais vous proposer une nouvelle opportunité de carrière. Ça peut vous intéresser ?
- Bien sûr. Pourquoi pas ? Comment m’avez-vous trouvé ?
- Je cherche depuis des jours un profil comme le vôtre. J’ai tout lu sur votre parcours. Vous êtes le médecin idéal qu’un établissement de santé rêverait d’avoir dans son équipe. Ce n’est pas seulement votre formation, vos expériences…, ou vos compétences relationnelles avec les patients…
C’est votre voix, tout ce que j’entends dans votre voix.
- Qu’entendez vous dans ma voix? dit-t-il un peu supris.
- J’y entends une ambition extraordinaire, et en même temps une angoisse de ne pouvoir la satisfaire. Vous en avez assez de fuir les challenges. Vous êtes prêt à relever les défis qui s’offrent à vous. Mais vous ne voulez pas y aller seul.
- Non, je ne veux pas y aller seul.

Sa voix est feutrée et chaleureuse et presque apaisante. Son enthousiasme est une douce promesse qui me fait monter les larmes aux yeux.

Je lui dis que tout ira bien, qu’on l’aidera à relever tous les challenges, si grands soient-ils et qu’il pourrait aller loin, très très loin dans sa carrière.
Je lui dis…que j’apprécie particulièrement notre collaboration.

Je maintient le lien et suit pas à pas les étapes de son recrutement, jusqu’à ce qu’il signe le contrat avec notre client.

Je ne saurais jamais ce qui le poussait à quitter Rome la magnifique pour une petite ville perdue dans une froide région de France.
J’encaisserai la prime pour son recrutement demain.