Chers lecteurs,

Il est une pratique dans le recrutement qui fait l’excellence d’un process de sélection. Une pratique emplie de contradictions et qui porte à son comble le paradoxe de la situation de recrutement. Une pratique largement voulue par une très grande majorité de Candidats, mais le plus souvent mise à l’écart par le Recruteur. Une pratique, qui lorsqu’elle est mise œuvre, est le plus souvent mal « orchestrée », car non maîtrisée ; et mal vécue par les Candidats, car non comprise dans son déroulé. Une pratique, dont la non utilisation constitue l’un des principaux reproches des Candidats envers le Recruteur.
Cette pratique, c’est la « réponse négative motivée », ce moment, qui devrait clore tout process de recrutement. Un instant, au cours duquel, le Recruteur motive son refus auprès des Candidats rencontrés mais non retenus.

Une pratique indispensable à la bonne expérience Candidat.

En effet, elle finalise « de bonne façon » l’expérience des Candidats éconduits, en leur permettant de mieux comprendre les éléments qui ont amené à la décision de refus. Les Candidats sont alors dans de meilleures dispositions pour faire le « deuil » de leurs motivations et engagements. Mais aussi, plus informés sur leurs forces et points de progrès, et, certainement plus performants lors d’une prochaine candidature.

Une pratique nécessaire à la bonne maîtrise du métier de Recruteur.

En effet, savoir expliquer et motiver ses choix en débriefant un candidat sur ses forces, mais aussi ses points de progrès, est très enrichissant sur le plan professionnel. Mais également très gratifiant, car il vous positionne vis-à-vis des Candidats dans une relation de service et provoque une sensation de « travail bien fait » !

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Mais alors, pourquoi cette pratique, à la fois si enrichissante pour le Recruteur et si précieuse pour les Candidats, est-elle si peu usitée ?


Du côté du Recruteur :

Les process de recrutement se complexifient : multiplication des méthodes, des outils, des entretiens, des décideurs… Tout ceci pouvant « diluer » la capacité du Recruteur à apporter la « bonne réponse » aux Candidats. En effet, recruter, c’est bien souvent un consensus, une décision collective prise par plusieurs individus, l’objectivité se mêlant à la subjectivité de certains avis, notamment chez les « opérationnels métier »… Il peut devenir difficile d’apporter la bonne réponse aux Candidats, c'est-à-dire celle sans subjectivité, sans jugement de valeur ou autres à priori !
Le Recruteur pouvant alors, pour se dédouaner de toute complication, mais voulant néanmoins pratiquer « la réponse négative motivée », tomber dans des poncifs tel que : « nous avons décidé de recruter quelqu’un avec plus d’expérience, avec un autre potentiel, plus mobile géographiquement, plus évolutif, dont les prétentions sont plus faibles que les vôtres…etc…etc... ». Toutes ces réponses, entendues bien trop souvent, n’apportent rien , et ne sont qu’un cache-misère d’un process de recrutement peu professionnel et qualitatif. En effet, pour pratiquer « la réponse négative motivée » de façon efficiente, le process de recrutement se doit d’être réalisé sous quelques conditions.
C'est-à-dire et a maxima, avec trois décideurs et sur trois moments :
- Premier entretien avec le RH et futur n+1.
- Evaluation et débriefing avec le RH.
- Entretien final avec le n+2.
Mais aussi avec des outils adaptés, au mieux : « une mise en situation métier » ; au moins : une évaluation « des comportements au travail ». Ces deux éléments devant toujours être complétés par un débriefing contradictoire ; pour bien comprendre toute la complexité que recouvre un individu, notamment en confirmant auprès des Candidats les éléments observés lors des évaluations.
Ce n’est qu’à travers le respect de ces quelques conditions qu’un process de recrutement est à même de garantir la bonne pratique de la « réponse négative motivée ». En dehors de ce formalisme, il peut être très hasardeux pour un Recruteur de la mettre en œuvre !

Du côté des Candidats :

Bien que cette pratique soit très fortement voulue par les Candidats. Il est une réalité qui ne fait qu’amoindrir les motivations du Recruteur à la mettre en œuvre ! C’est la non compréhension du déroulé d’une telle pratique par de trop nombreux Candidats. Alors que la décision est prise et que celle-ci ne sera pas revue… Pourquoi certains profitent-ils encore de ce moment d’échange pour se justifier ?
En effet, ce n’est plus le moment d’argumenter, de contre argumenter, de ne pas accepter ou encore de contredire le Recruteur sur les motivations qui ont porté la décision. Il n’est qu’une chose à faire en tant que Candidats : écouter et prendre des notes. Rien n’empêche d’en faire le tri, une fois ce moment passé, au calme et « à tête reposée » pour en tirer le meilleur !

Il semblerait bien que la non pratique de la « réponse négative motivée » soit donc à la fois de la responsabilité du Recruteur, mais aussi des Candidats ! Paradoxale, comme situation… Effectivement comme l’est la situation de recrutement.
Restant à votre écoute pour débattre de ce sujet.