Chers lecteurs,

Dans certaines DRH et cabinets de recrutement, il s’entend dire, par quelques RH et Consultants séditieux de la bonne pensée ambiante, une parole : « recruter, c’est discriminer ! ». Alors qu’aux oreilles d’un professionnel du recrutement une telle sentence ne paraît en rien choquante. Il pourrait en être tout autrement pour des oreilles plus profanes. En effet, les premières associent dans une même définition les verbes « recruter » et « discriminer », c’est-à-dire « … établir une différence entre des personnes en se fondant sur des critères distinctifs… ». Recruter c’est prendre des décisions et notamment choisir sur des critères spécifiques le meilleur des Candidats. Il apparaît, alors, comme évident que recruter, c’est établir des distinctions entre les différents prétendants, pour « … Que le meilleur gagne ! … ». Recruter c’est, donc bien, discriminer !

A l’inverse, nos oreilles profanes associent le verbe « discriminer » à son voisin le plus proche, c’est-à-dire le terme « discrimination », mot qui porte en lui une connotation bien plus péjorative. Pour celles-ci, l’affaire est entendue « recruter c’est sans discriminer ».

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« … Je prends celui-ci ! C’est le plus grand… Donc le meilleur ! … »


Sans tomber dans une polémique stérile, ni entrer dans un débat sur le sens des mots, nous pouvons admettre que mêler « recruter » et « discriminer » dans le même propos est malencontreux, sans être dupe sur la nature même de l’action de recruter qui est de discriminer… Avec, néanmoins, un bémol et une exigence, celle de discriminer, mais pas sur n’importe quels critères distinctifs ! En effet, dans nos sociétés policées, il faut savoir discriminer sans discrimination, c’est-à-dire en respectant l’égalité des droits de chacun. Alors que cette règle nous semble d’une évidence absolue, il n’en a pas toujours était ainsi. En effet, discriminer sans discrimination est une notion des plus modernes ! Sans remonter aux âges immémoriaux de Rahan le fils de Crao… Arrêtons-nous, simplement, au temps de l’ancien régime. Age terrible de la monarchie absolue et du tiers état, où il était tout à fait admis qu’un paysan ne soit pas l’égal d’un noble et que sa condition même de gueux le destinait à manger de la brioche quand il n’avait plus de pain à bouloter !
L’égalité des droits n’existant pas, le breton à bonnet rouge avait peu de chance de devenir l’échanson du roi, et cela, malgré sa très grande connaissance des vins et autres spiritueux…

Discriminer sur l’appartenance sociale, la religion, la couleur de peau, le sexe, l’orientation sexuelle était tout à fait normal et admis, les Hommes n’étaient de toute façon pas égaux devant Dieux !
Arrivent les Lumières et la Révolution Française, ainsi que la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 ; n’oublions pas que sa proclamation est universelle et qu’à partir de cet instant nous sommes donc tous égaux en droit ! C’est sans compter, la propension de l’Homme à pencher naturellement vers le côté le plus obscure de son humanité. Le non-respect de l’égalité des droits aura, malheureusement, encore de beaux jours devant lui. L’esclavage, les génocides, les colonisations et autres ségrégations en seront l’expression la plus vile, et marqueront, à jamais, du sceau de leur infamie le 19ème et 20ème siècle. C’est à l’aune de ces horreurs, mais aussi, concomitamment à l’essor, dans les années 50, des sciences sociales que la « discrimination » devient une notion péjorative et un véritable sujet de société, notamment dans les années 80 avec des mouvements comme la marche des beurs et le célèbre
« touche pas à mon pote ».

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« … Ouais… On est trop bien entre white & blanco ! …»


Ce n’est donc qu’à la fin du XXème siècle, que la discrimination est admise comme négative, car biaisant la notion même d’égalité. Celle-ci devenant, un peu tardivement et après quelques remontrances de l’Europe, un délit pénal en France, par la loi du 27 mai 2008 qui établit par l’article 225-1 du code pénal, que :

« Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur identité sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »

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« … La barbe sera l’avenir de la femme ! … »


Il aura donc fallu attendre le début du XXIème siècle pour que la discrimination soit reconnue comme un délit pénal. Imaginez alors depuis quand, notamment dans l’esprit du plus grand nombre, il est devenu commun d’accepter qu’un transgenre à barbe puisse être le représentant de la variété européenne, mais aussi son collègue de travail ou l’instituteur de ses enfants ? Malheureusement, il semble bien que les pensées n’évoluent pas aussi vite que le législateur et cela même pour les plus lents comme la France ! Il n’est donc pas étonnant de rencontrer dans le monde de l’entreprise des actes de discrimination, et, ce malgré toutes les politiques de diversité mises en place. Ce sont les schémas de pensée, les à priori et autres préjugés qu’il faut changer !

Et « Ô mon dieu ! » que les batailles sont rudes, longues et bien souvent épuisantes pour faire comprendre à chacun que oui : « Recruter, c’est discriminer… » ! Mais que cela doit se faire « sans discrimination ! », non pas parce que la loi les oblige. Mais parce qu’il est bien plus stimulant pour l’esprit de s’ouvrir à la diversité, à l’autre et aux différences ; que de s’enfermer dans la paresse intellectuelle qui prévaut aux sectaires, aux racistes et autres xénophobes qui par simplicité d’esprit rejettent l’autre sur des critères comme le sexe, l’âge ou encore l’ethnie…

Au plaisir de vous lire sur ce sujet.